vendredi 6 janvier 2023

L'hypothèse écossaise

Des éléments qui appuient l'hypothèse écossaise
Un festival de patronymes
Comme j’ai dressé la lignée paternelle de centaines de familles du Haut-Madawaska & de St-Quentin, j’ai sans cesse constaté que de nombreux immigrants de France savaient lire, mais que leurs descendants sont restés illettrés pendant très longtemps. Ces descendants se sont établis dans des régions du Québec et du Nouveau-Brunswick où les écoles sont apparues longtemps après leur arrivée dans ces endroits vierges.

Philip Long I a dû savoir lire, car il a maintes fois signé son nom dans des documents, même si son écriture était laborieuse. Philip a signé plusieurs lettres, mais je ne crois pas qu’il les a écrites. Toutes ces lettres ont été publiées dans le document synthèse de Benoît Long.

Son fils Philippe II ne savait pas écrire à son premier mariage avec Émilie Boucher à Trois-Rivières en 1833. Mais, il a signé son nom (Philippe Laing) lors de son mariage avec Anastasie Perron au même endroit en 1853.
Note. Mgr Ernest Lang a souligné le fait que Philippe II a signé Philippe Laing à son mariage avec Anastasie Perron dans son livre publié vers 1980.
Sur des feuilles de paie de la Milice de Trois-Rivières pour les années 1838 et 1839, on constate que Philippe II est illettré. Philippe II était charpentier. Par ailleurs, Philippe III était illettré à son mariage avec Philomène Gailloux en 1869.
C’est à partir du mariage de Philippe II & Anastasie Perron qu’on voit apparaître ça-et-là la référence au patronyme LAING associé à l’Écosse. Même si Philippe II n’a appris à écrire que tard, il a indiqué à certaines occasions qu’il était d’origine écossaise ou anglaise. D’autres enfants de Philip I & Julie Couillard, tant au Madawaska qu’au Québec, ont préféré troquer le patronyme LONG pour LANG.

De toute évidence, la question suivante se pose: qu’est-ce qui a motivé ce changement chez plusieurs descendants de Philip I & Julie Couillard ? À mon humble avis, c’est pour renier le fait que le patronyme LONG est plutôt associé à l’Angleterre. En territoire québécois et acadien, ce n’était guère un avantage social à conserver.

Par ailleurs, les enfants de Philip I & Julie Couillard ne savaient sûrement pas que les Écossais étaient à la solde des Britanniques en Europe et aux États-Unis au 18e siècle. Il est possible, cependant, que les Écossais jouissaient d’une réputation davantage enviable que les Anglais au Québec à la même époque. De nombreux documents expliquent l’étroite relation entre l’Écosse et l’Angleterre au 18e siècle.

La tradition orale soutenue par Mgr Ernest Lang concorde avec la documentation qu’on trouve dans les archives d’Ancestry à Trois-Rivières au cours du 19e siècle. J’ose croire que ces deux sources d’information ne sont pas des coïncidences mais découlent d’une réalité: Philip L*NG I aurait fait part à son entourage de ses origines écossaises

Philippe II tenait, semble-t-il, à ses origines écossaises alors qu’au cours de son existence, les autres membres de sa famille, incluant les prêtres catholiques, les recenseurs et les amis, préféraient le patronyme LANG plus souvent qu’autrement. Cet effort persistant de troquer LONG pour LANG pourrait bien refléter un désir de ne pas être reconnu comme étant d’origine anglaise, tout simplement. Même de nos jours, les Anglais ne jouissent pas d’une réputation enviable au Québec…..

Le régiment New York Volunteers (NYV)
Le document suivant ne peut faire autrement que donner des frissons à quiconque possède des connaissances de base quant à Philip Long, soldat de la Révolution américaine.
Vous trouverez aisément sur Internet des documents relatifs à la participation de l'Écosse à la Révolution américaine, mais celui-ci fait réfléchir. Voici pourquoi. 

Nous possédons la feuille d’appel du régiment loyaliste New York Volunteers datant de novembre 1777 à Paulus Hook, New Jersey: un document trouvé par Ghislain Long, je crois. Le commandant était le lieutenant-colonel George Turnbull et le capitaine était John Howard. Non seulement le commandant Turnbull était d’origine écossaise, mais c'était aussi le cas pour plusieurs soldats de son régiment. On note deux soldats en particulier: David Long & Phillip Long. À cette date précise, Phillip est hospitalisé.
Les feuilles d'appel (muster roll) du NYV de 1775 à 1777 ont été perdues, dit-on. Je n’ai pas trouvé de trace d'un Philip Long à une date ultérieure pour le NYV. David a continué dans ce régiment: il apparaît dans d'autres feuilles d'appel du NYV après 1777. J'ai aussi trouvé un document concernant David qui a réclamé une compensation après la défaite des Loyalistes en 1783. Il habitait à Dutchess NY. 

Philip n’a jamais réclamé une compensation quelconque de la Couronne Britannique. Il a quitté New York à l’automne de 1783 comme soldat régulier du King’s American Regiment (KAR). Cependant, comme les autres membres de son régiment, il a reçu un terrain dans la région de Meductic (Woodstock) NB tout en demeurant à Fredericton durant quelques années.

Dans une lettre de 1816 envoyée à Lord Coape Sherbrooke, Philip indique qu’il est partie prenante de la Révolution américaine depuis 1775. Dans cette même lettre, il mentionne que les deux se connaissent depuis 26 ou 30 ans, soit depuis 1786. Vérification faite, Lord Sherbrooke a vécu à Sydney Nouvelle-Écosse de 1784 à 1785 en tant que commandant du 33rd Regiment of Foot, ce qui lui a probablement permis de visiter Fredericton où vivait Philip.
Revenons à ce document de On-line Insitute for Advanced Loyalist Studies. Si vous êtes un tenant de l'hypothèse écossaise, il capte sûrement votre attention. Le NYV a été formé en 1775 à partir, semble-t-il, d'un fort contingent d'Écossais. Les premières feuilles d'appel du NYV n'existent pas, mais nous avons celle de 1777 sur laquelle figure un dénommée Phillip Long: Philip ou Phillip n'a aucune importance.

Entre 1763 et 1775, 55 000 Écossais-Irlandais de l'Uster et 40 000 Écossais émigrèrent en Amérique. Si on ne retrouve pas une trace de notre ancêtre dans les registres civils de cette époque, ça ne signifie pas qu'il n'est pas originaire de ces Îles Britanniques. Peu de listes de passagers sur les navires ont été conservées. Durant la Révolution américaine, les navires ont été monopolisés par l'armée britannique. En fait, la seule documentation aux États-Unis qui concerne notre ancêtre se trouve dans les registres militaires et non civils.  
 
West Florida Royal Foresters (WFRF)
Une feuille d’appel du West Florida Royal Foresters non datée montre un Philip Long qui a déserté le 9 mai 1781 avec 20 autres soldats, le lendemain de l’explosion au fort de Pensacola en Floride. C’était un régiment de cavalerie. Le capitaine de cette compagnie était Adam Christie, Écossais bien connu dans cette région. Philip ne figure plus sur la feuille d’appel du 25 août 1781 de cette compagnie.
King’s American Regiment (KAR)
Le 9 mai 1781, Philip Long prend la poudre d’escampette à Pensacola, West Florida. Quelques mois plus tard, notre ancêtre apparaît sur une première feuille d’appel du King’s American Regiment pour la période allant du 23 octobre au 24 décembre 1781 à Savannah, Georgia. Le Capitaine est Isaac Atwood. La distance entre Pensacola et Savannah est de 500 milles (800 km): à dos de cheval, il ne faut que quelques jours pour parcourir cette distance. Plusieurs désesteurs à pied ont été capturés par l'armée espagnole des semaines plus tard dans les marais de la Floride. 

Philip apparaît sur quatre feuilles d’appel du capitaine Isaac Atwood et trois feuilles d’appel du capitaine Georges Campbell de 1781 à 1783. Le KAR est aussi connu comme un régiment de cavalerie.

Si Philip Long inscrit dans le KAR est bel et bien notre ancêtre, rien ne prouve qu'il faisait partie de WFRF. Soyons réalistes, les Philip Long à Pensacola en 1781, on n’en trouvait pas une demi-douzaine….

Certes, dans ces compagnies du KAR, on retrouvait des Écossais, mais aussi des Anglais, du moins des patronymes communs en Angleterre à cette époque. J’ai déjà recherché l’origine probable de chacun de ces soldats du KAR, sans vraiment pouvoir préciser leur lieu de naissance, à part quelques-uns. On ne peut prétendre que notre ancêtre était d’origine écossaise parce qu’il côtoyait des soldats d’origine écossaise. Il y avait des Écossais du côté des Rebels et du côté des Loyalistes.

En 1783, certains Loyalistes (60 000) ont préféré se réfugier au Canada. De nombreux autres ont choisi de rester ou de devenir des Américains.

My King and my Country
D'abord, voici la lettre tirée du document synthèse de Benoît Long:


Head of Lake Tamasquatha 4th Sep 1816 

May it please your Excellency, 

To excuse the liberty of my addressing you as I have been informed by good authority that Lieutenant James Hincks of the 4th Royal Veteran Battalion have made a most severe complaint of me, which I can prove by good proofs and I trust to your satisfaction and the satisfaction of every gentlemen which I have any business with that they are entirely without foundation except malice.

 

The only reason which he can have for any complaint against me is, when he arrived at the Lake with settlers' provisions he sesired me to convey some of them to Salmon River, I had then just arrived from Fredericton with provisions for my family and had damaged my canoe so much as not to be safe trust myself and the King's property in which I should have been ready to do had it been in my power but any man 

that had any reason would have excused. 


It his well known by a great many respectable people how much I have done and suffered since the year 1775 for my King and Country which reduced me to the situation I am in at present which is too long to detail in any Letter, but I hope your Excellency will think only of me as a men of 26 or 30 years acquaintance, of my conduct will report of me, as to mail remaining in my house is false which I can prove it never remained one day if that it is my orders and my duty to take profession of and carry it forward either up or down which I surely have done. 


Your Excellency’s most obedient humble Servant, 

Philip Long

Transcription: Benoît Long


En 1816, dans sa lettre à Lord Sherbrooke, Philip parle de l’Angleterre de la façon suivante: My King and my Country. Lorsqu’on consulte les livres d’histoire, on réalise que les Écossais à cette époque pouvaient se considérer comme des sujets britanniques au même titre que les Anglais. Les documents à ce sujet sont nombreux et bien étoffés. Par exemple,

In 1776, Scotland was part of Great Britain, as it had been since the Acts of Union of 1707……..But for many Scottish people, loyalty to the British empire was the same as loyalty to Scotland.
https://www.amrevmuseum.org/scotland-and-the-american-revolution

Où trouvait-on des Long, Lang et Laing au 18e siècle ?
Selon mon expérience, on trouve surtout les Long en Angleterre, en Irelande et en Pennsylvanie; les Lang en Allemagne et en Pennsylvanie; les Laing en Écosse.

Il y a un demi-siècle, le regretté Camille Lang (fils de Péa) a séjourné un mois en Écosse afin de dénicher des L*NG. Il m’a maintes fois expliqué que ce patronyme était à peu près inexistant en Écosse.

Cependant, en consultant Ancestry, on trouve ces patronymes au 18e siècle, et le patronyme Laing aussi qui est, à mon sens, exclusif à l’Écosse.

Escaped to the British with an American mail….
Benoît Long a fait un effort significatif pour préciser le sens de la description des recenseurs Deane & Cavanaugh lorsqu’ils ont parlé de Philip Long dans leur rapport de 1831 suite à leur visite au domicile de ce dernier à Clair.

D’abord, nous sommes plusieurs à remarquer le lien entre notre ancêtre et la cavalerie durant la Révolution américaine. Ces cavaliers étaient en forte demande et servaient de facteur régulier, d’éclaireur pour l’armée et de soldat-cavalier. Une de leurs tâches consistait aussi à intercepter le courrier des autres cavaliers. Je ne vous surprends guère….
Je propose de souligner un sens particulier à cette description. En assumant que Philip était d’origine écossaise et qu’il était à la solde de la Couronne britannique en tant que courrier régulier, il a pu intercepter du courrier appartenant aux Patriotes. Un tel butin s’accompagnait de récompenses importantes: un crime puni en temps ordinaire était un bienfait récompensé en tant de guerre!

Si Philip avait été un soldat d’origine anglaise, j’ose croire qu’il se serait exprimé d’une manière différente en expliquant son aventure au cours de la Révolution américaine. Peut-être!

Rencontre avec John Mann (1811)
En 1811, un journaliste écossais, John Mann, arrivant d’Écosse rencontre Philip à Lac Témiscouata et écrit dans son journal que Philip dit être un Américain. J’ai toujours peine à croire que Philip n’a pas porté une attention au langage de John, ce langage étant fort typique.
De plus, Mann n’a pas, semble-t-il, reconnu que Philip parlait comme les Écossais. L'Écosse n'a pas fait partie de leur courte discussion. Il est possible que Philip soit né aux États-Unis de parents d'origine écossaise......en étirant la sauce....

Ce n'est pas le seul document trouvé au fil des années où on mentionne que Philip est âgé. À partir de quel âge en l'an 1800 un individu était-il considéré comme âgé?

Conclusion
Comme moi, vous pouvez identifier sur Ancestry de nombreux Philip Long en Angleterre qui ont pu naître aux environs de 1750, mais aucun en Écosse. Cette absence peut s'expliquer par diverses raisons que vous connaissez sûrement. En Angleterre, le système d'enregistrement des événements ecclésiastiques était rafiné de longue date, mais ce n'était pas le cas en Écosse, visiblement. Malgré tout, en Angleterre, un certificat de mariage qui ne mentionne pas le nom des parents ne nous aide en rien. 

L’hypothèse écossaise a beaucoup de mérite parce que sa crédibilité provient de certains enfants du couple Philip I & Julie Couillard. Je porte toujours une attention particulière aux documents liés à des individus qui ont vécu à l’époque de Philip. Autrement dit, mes interprétations deux siècles plus tard valent tout juste l’encre qui a servi à les écrire….

Il ne manque qu’une seule information au dossier de Philip Long: on a oublié d’indiquer le nom de ses parents en rédigeant son certificat de mariage. En examinant le registre de l’Église anglicane de Québec, ce n’était pas dans leur habitude de l’indiquer. Une fois de plus, on constate l'efficacité du système de généalogie français: impeccable!

Donc, je n’espère pas trouver où Philip est né. Néanmoins, il me semble que je le cerne mieux qu’il y a 20 ans….

Par ailleurs, notre haplogroupe i-m223 (y-adn) existe en Écosse, mais pas en Irlande, ce qui est de bon augure. Je vous en parlerai dans un autre message.

Je note aussi qu’il existe de plus en plus de dossiers à consulter sur Ancestry en rapport avec l’Écosse. Qui sait, un jour…..

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